Semi-Marathon de Paris 2016 – Compte-rendu

Je me suis mise au running fin février 2015.
Après n’avoir pas fait de sport, ou presque, pendant plus de 15 ans.

Le 8 mars 2015, je courais pour la première fois 6km. En plus de 40mn.

Le 6 mars 2016, j’ai couru le semi-marathon de Paris. Jusqu’au bout.

Pourquoi c’est important de le rappeler ? Parce que depuis ce dimanche, je n’arrive pas à accepter le temps que j’ai mis. A accepter d’avoir mis autant de temps à le finir. Alors qu’il suffirait que je me contente de l’avoir fini. Sans m’être arrêtée. Qu’il y a 6 mois j’étais incapable de courir plus de 10km sans perdre un poumon et un genou. Qu’il y a un an, je ne pensais pas être capable de courir plus de 2h d’affilé sans m’ennuyer. Que j’ai fini sans marcher, à aucun moment, alors que mon premier 10km  (la course Nike Woman) j’avais marché. Bref, je n’arrive pas à être contente de moi.

Je me suis entraînée. Mal. Du moins pas assez pour tenir mon objectif. Pour tenir les « moins de 2h10 » que je m’étais arbitrairement fixé, basé sur le temps de mes dernières courses longues. J’ai réduit le nombre de sortie à 1 longue par semaine. Pas de fractionné. Un régime alimentaire peu adapté sur le dernier mois. Bref, j’ai pas forcément mis toutes les chances de mon côté pour atteindre le temps que je voulais… Que j’aurai voulu…

Alors depuis dimanche, quand on me dit « Alors combien ? », ce qui m’énerve un peu, je réponds que j’ai fini sans m’arrêter et que c’est tout ce qui compte.

2h18 les 21,1km.
Disons que pour une fois, j’ai même pas un problème de secondes. Ça se compte en minutes.

Et pourtant, j’avais bien commencé… alors aller, je vous raconte ça en minute par minute, comme j’aime !

Départ semi-marathon

8h15 : Je pars de chez moi en me disant que je suis en avance.
8h20 : Je m’inserre dans le métro.
8h23 : Nation. « Aaaaaah ce qu’on est serrées au fond de cette boîte »
8h40 : Le métro déverse son flot de voyageurs en caleçons moulants, chaussures fluos et sacs à dos.
9h : Je fais la queue au pipi-room. Les premiers coureurs viennent de partir. Il fait froid. Vraiment froid. Je regrette de ne pas avoir mis un T-Shirt sous mon T-Shirt manches longues.
9h20 : Je me rends compte que je me suis plantée de queue pour le box de mon sac. Ça commence super bien. Dyslexique des chiffres. Pourtant le système est hyperbien organisé. Suffit de pas mélanger les chiffres…
9h25 : OK y avait juste personne dans l’autre queue. C’était mieux.
9h30 : Je fais la queue au pipi-room, le retour. Parce qu’on sait jamais.
9h35: Je vais dans mon sas.
9h40 : La pression monte tout doucement. J’ai soif mais j’ai pas d’eau. Je me rappelle de ce que j’ai lu dans des magazines et me demande quel goût peut bien avoir une boisson d’effort. Je papote avec mes collègues au téléphone.
9h45 : J’ai envie de faire pipi je crois. Faudrait pas que j’ai vraiment envie au bout de 5 km.  Aller. Je remonte tout mon sas pour aller aux toilettes.
9h55 : Je retrouve ma place dans mon sas. La tête et la vessie vide. Je m’échauffe. Je cours un peu sur place, je fais des mini squats… on avance petit à petit. On avance vers l’échauffement.
10h05 : Je crois que j’ai envie de faire pipi. Non c’est dans ma tête. Je vois les mecs faire pipi sur le bord du sas dans l’herbe. Je m’en veux d’être née fille. Inégalité d’accès et de praticité.
10h10 : Le coup d’envoi de mon sas est lancé.
10h13 : Je passe la ligne de départ, les dés sont jetés. Je souris. Je suis bien dans mon sas. Il y a du monde mais pas besoin de se doubler, suffisamment d’espace pour que tout le monde court à son rythme. Le premier km est un peu laborieux, comme un rodage, grosse perte de vitesse à chaque virage car beaucoup de monde. Ma montre indique plus de 6mn sur ce premier km. Tant pis.
10h26 : Première montée, je vois déjà des gels d’effort par terre. Au bout de 3 km ça me paraît un peu tôt mais d’accord. Elle tire un peu cette montée mais elle passe facilement. Et puis par terre quoi ! Pourquoi tu le jettes par terre alors qu’avant il était plein sur toi ? Tu penses que tu vas courir plus vite ?

Départ Semi-marathon
10h32 : Nation. Les gens sont là pour applaudir, encourager. Je suis bien. Mon sourire est toujours là, je profite.
10h44 : 5km. Ravitaillement en vue. Je découvre avec stupéfaction que c’est moins la merde qu’à mes dernières courses. Mais que les gens trouvent toujours normal de jeter leurs peaux de banane par terre. C’est vrai que ça glisse pas du tout, c’est une bonne idée !!
J’attrape une bouteille d’eau à la volée. Sans le bouchon… donc pas gardable en l’état. Je bois 4 gorgées en courant (Victoire ! Bien plus simple de boire avec une bouteille qu’un verre en plastique !). Je la balance dans la poubelle et continue ma folle échappée vers Bastille.
10h46 : Je suis joie. Je cours en souriant comme une illuminée, fille heureuse. Je suis bien.
10h55 : On attaque le parcours sur lequel je n’ai jamais couru, mais je visualise plutôt bien. Les pavés sont un peu plus présents. Tout va bien.
10h52 : Coucou les gendarmes aux 7,5ème kilomètre. Pas vraiment de raison de me faire flasher vu ma vitesse mais leurs encouragements donnaient le sourire !
10h58 : Elle est longue cette rue. Quand est ce qu’on tourne ?

Semi-marathon de Paris 2016
11h : Mes jambes viennent de me dire qu’elles seraient bien restées tranquille-pépouse sous la couette. Va falloir tenir les filles. On a fait 8km. Il en reste encore 13 et des broutilles.
11h02 : Une fille du sas +de 2h vient de me doubler. Je commence à déchanter.
10km, 1h01, 11h14 : Bon c’est pas vraiment un temps de semi ça. Mais en même temps j’ai pas non plus trop trop tiré.
11h20: Je viens de passer le panneau 11km. J’ai donc fait plus de la moitié. Bon il est où se ravitaillement ??
11h24: Ravitaillement en vue. Hécatombe. Je n’ai pas réussi à me décaler de la droite. Résultat j’ai tous les coureurs en panique qui se rabatte sur moi avant de voir que les premières tables sont vides. Je m’extirpe pour retourner vers les tables quelques mètres plus loin. Je suis trop loin. Je fais 4m en arrière, j’attrape un morceau d’orange. Je suis énervée. Note pour la prochaine fois : prévoir des petites provisions personnelles. Le pique-nique sur moi.
11h26 : Je tente tant bien que mal de me calmer et de boire. J’ai attrapé une bouteille avec bouchon comme ça je peux la garder plus longtemps.
11h27 : On est toujours sur le boulevard Daumesnil.
11h28 : Un mec tente une traversée en vélo et commence à gueuler parce que je le laisse pas passer… pardon ?! JE COURS DEPUIS 12KM CONNARD. *paix* *amour* Je suis toujours énervée.
11h30 : J’entreprends de redescendre ma ceinture avec mon portable pour la musique car je sens que ça tire un peu dans le dos. FATAL ERROR : Point de côté.
11h33 : Point de côté
11h36 : Point de côté puissance maxi – Je souffle, j’avale ma salive, je serre le poing droit, puis le gauche. Rien y fait. Point de côté. Je décide de remonter ma ceinture.
11h37 : Plus de point de côté. OK. Je viens donc de perdre et mon souffle, et ma concentration, et ma motivation.

Préparation Semi-Marathon Paris

11h38 : On entre dans les kilomètres que je redoutais tant : Montée de la rue de Charenton puis tour du bois de Vincennes par hippodrome.
11h39 : Je pense que j’irai plus vite en marchant dans cette montée. Les gens vont vite. Je doute de ma préparation. Il reste encore 1 tiers et je sens mes jambes en carton !
11h42 : La solitudddineeeee – j’essaye de me concentrer sur la musique.
11h45 : Je m’appelle Marion, Lucie, Caro, Maman et même Julien ou Papa. Tous les panneaux d’encouragements sont bons à prendre ! Je suis au stade « lessivée ».
11h50 : Mes jambes courent toutes seules. Mon esprit divague. Je ne prends plus vraiment de plaisir à courir mais je ne vois pas passer 2 km. (Bon en vrai je me suis vue en vidéo à cet endroit là. Un jour j’aurai un physique de coureuse. Pas de coureuse après pâtisseries.)
11h52 : Il est bizarre ce genou, il fait kloc-clok quand je cours.
11h53 : Ah, et je crois que je suis en train de me faire une belle ampoule sous le pied gauche.
11h55 : Kilomètre 18. Youhou plus que 3 km. Regain d’énergie de je-ne-sais-pas-trop-où. Mes jambes se remettent à courir.
11h58 : Je ne pense plus vraiment.
12h : Elle est triste cette forêt toute grise. Ah. Ma cheville craque.
12h02 : kloc-crak-clok-krac-kloc-clok-crak
12h06: Le convoi tourne. Je regarde ma montre. 1h57mn. Rapide calcul. OK. Je ne ferai jamais 2h ni même 2h10. Tant pis. Essaye d’améliorer au maximum sur le dernier km.
12h09 : un panneau dit « Bravo vous avez déjà perdu 3kg ». Un mec cri  » Burger pour tout le monde ce midi ». OK. Burger ce midi.
12h14 : Collection de panneau qui disent plein de choses sympas ou moins sympas « Tes jambes te pardonneront peut être un jour ». « C’est trop tard pour faire demi-tour ». « Fais de ton mieux ».

Courir semi-marathon Paris

12h16 : Photo photo photo – Essaye d’avoir l’air jolie toi après avoir couru 19 km, sans maquillage, et sans savoir lequel des 3 objectifs te prend en photo. C’est mort.
Aparte : Allez comprendre pourquoi, quand j’ai vu les appareils photos, j’ai décidé de tenter de sourire (mon énergie était visiblement restée dans mes jambes) et entrepris de faire des V avec mes doigts. Genre « Je suis sereine t’as vu ». Tu ne trompes que toi, Tiphaine.

Photo souvenir

12h18 : Ok, c’est bien sympa ce shooting photo, mais quand est-ce qu’on arrive.
12h20 : Rond-point. Quelqu’un peut m’expliquer pourquoi on fait tout le tour du rond-point, hein ? Non ? Personne ? C’était plus simple de couper, non ?
12h22 : Je vois une arche au loin. Un sentiment de libération m’envahit. Et puis je me dis que c’est bizarre, ça parait un peu près. Et il y a pas vraiment beaucoup de bordel autour de cette arche.
12h24. Je passe l’arche. C’est donc les 20 km. Il reste 1,1 km.
12h25 : Le kilomètre et les 100 mètres les plus longs de ta vie.
12h26 : Le bout du tunnel n’est pas visible. C’est fou comme 1,1 km te paraissent long quand ils ne sont pas en ligne droite, quand tu ne vois pas l’arche finale, quand tu ne peux pas juger de comment tu dois accélérer.
12h28 : Je vois l’arche bleue au loin. La foule se fait de plus en plus dense. J’ai envie d’accélérer et en même temps j’ai peur de me cramée sur les derniers mètres. Rond-point (c’est une manie, chez vous, les ronds-points ?
12h29 : Je rassemble la dernière énergie que j’ai pour courir le plus vite possible, les yeux rivés sur le chronomètre. J’ai l’impression de faire un sprint final façon courir de vitesse sur piste athlétique. Ou guépard dans la savane.
12h30 : En vrai, je ressemble plus à grand chose à part à une coureuse fatiguée qui est pressée d’arrivée.
12h31 : Passage sur la ligne d’arrivée. Quelques mètres le temps de freiner. 2:18:00.

J’ai envie de m’effondrer à genou, les bras en l’air en hurlant. Mais je me dis que ça fait un peu too much. Faudrait pas abuser quand même…

Je marche. C’est long. J’ai chaud. J’ai froid. Je suis contente. Je suis sonnée. Je suis fatiguée. Je suis un peu dégoutée mais contente aussi. Je sais plus trop quoi penser.
Mais je l’ai fait.

Je récupère mon poncho-tente-tipi-taille-XL. Je l’enfile. C’est pas du tout saillant. On dirait que j’ai enfilé une énorme bâche bleue. Mais c’est pas grave. Ça tient chaud. Je me dirige doucement vers la médaille. Je ne sens plus mes jambes. J’ai mal au dos. J’ai perdu mes épaules. Mais j’ai le sourire. Je récupère ma médaille et l’enfile autour de mon cou. Cette médaille à laquelle j’ai pensé à plusieurs reprises.

Médailles semi-marathon Paris

Cette médaille qui te fait tenir, qui t’aide à dire « Aller, n’abandonne pas, sinon tu n’auras pas de jolie médaille ». Cette médaille qui n’est pas grand chose, mais qui est ce qui te rappelle, à chaque fois que tu la croises, que ce jour-là : tu l’as fait.

Semi-marathon 2016

Et parce que je ne vais pas m’arrêter là. Je donne RDV à plus de 20 KM en Septembre, avec le Semi-Marathon de Disney (oui, courir au milieu du parc avec Minnie et Mickey !!!) puis au 20 KM de Paris, qui ont lieu 15 jours plus tard. Plus de 6 mois pour m’améliorer, pour aller plus loin, pour sortir de sa zone de confort, pour repousser ses limites… et pouvoir se le dire encore et encore : Je l’ai fait !

11 commentaires

  • Qu’une seule chose à dire ! Bravo, tu peux être fière de toi ! :)
    (dixit la fille qui essaye de se trouver une motivation pour aller courir mais sans grand succès – si tu as des astuces, je suis preneuse !).

  • Et bien moi je te félicite pour avoir terminer ces 20 km!

    Personnellement, j’ai commencé le running en novembre dernier. Et je ne garde que le positif pour être sure de conserver ma motivation. D’une galère à courir 15 min, j’arrive aujourd’hui à courir 1 heure. Pouvoir faire un semi marathon, ce serait top (je pense que je vais me renseigner pour connaître ceux de ma ville et de ma région). Ce n’est pas toujours facile de courir, j’ai deux fois deux heures et une troisième course d’une demi-heure. Par contre, ça me fait beaucoup de bien et ça me donne de l’énergie (j’ai même diminuer la quantité de café c’est dire).

    Chanceuse de pouvoir courir chez mickey et Minnie!
    Pour ce qui est du souffle, je ne sais pas comment tu respires (en inspirant et en expirant ça c’est sure ), mais on m’a appris qu’il y avait une manière de respirer pour tenir et ne pas avoir de proint de côté. Il faut inspirer longuement, et expirer longuement, afin de vider complètement les poumons (par exemple, en 6 foulées, tu fais ce cycle de respiration: n’inspire profondément et n’expire profondément). C’est un peu difficile à mettre en place au début (il faut rester concentrer sur sa respiration), mais au bout de quelques temps ça va tout seul.

    Bon courage et bon entraînement pour la suite de ton running! (Et j’adore ton nouveau design)
    Bonne fin de journée,
    Lauriane

  • Tu es épatante ! Félicitations pour ta détermination et ton courage, j’en suis incapable, pourtant j’ai bien essayé de dépasser les 5km mais rien n’y fais :/

    RDV ici même pour les prochains comptes-rendus ! You GO GIRL !

    • Je ne sais pas d’où ça m’est venu ;-) Mais on fini par y prendre goût (même quand on a mal partout !!) Alors ça te touchera surement un jour !

  • Beau témoignage.
    Tu peux être fière de toi.

    Mon chéri était monté aussi à Paris pour son premier semi-marathon.
    Bon à cause de son nouveau job, il n’a rien pu préparer et ne s’est pas entrainé. Mais il a décidé tout de même d’y aller.

    Son temps : 2h12, et la fierté de l’avoir fait!

    Je vous admire, c’est un beau parcours que vous avez fait là tous les 2!

    Merci pour toutes ces photos et ce programme, ça m’a permis d’y être un peu et de voir ce que mon chéri a fait comme course.

    Je vais lui parler du semi marathon de Disney, ça risque de lui plaire.

    Gros bisous.
    Sandra

  • Encore bravo pour cet effort et aussi pour le récit que j’ai adoré tellement je me retrouve dans certaines courses et surtout dans mon dernier marathon de Paris en 2014 où je visais les 4h00 et malgré tous mes efforts je n’ai pas pu passer la barre des 4h26 alors que j’avais franchit les 30km en 2h50 !! Merci pour tes émotions et tes vibrations, c’est top à lire. A bientôt pour un event ou une course, moi je serai sur le Paris-Versaille et les 20km de Paris.
    Bises

    • Malheureusement pas de Paris-Versailles pour moi cette année car c’est le même jour que le semi de Disney (Je n’avais pas fait gaffe…)
      Et je te dirai bien qu’on fait les 20km de Paris ensemble… mais les 200 premiers mètres seulement alors :P

  • Et bien moi je dis chapeau bas! Déjà 6 km pour la première fois c’était génial, moi j’avais à peine couru 15 minutes qu’il avait fallu que je m’arrête ;-) depuis je me suis améliorée mais sans ta persévérance (40 minutes pour 5 km… il y a un an!) J’ai adoré ton récit, c’est comme si on avait couru à tes côtés. Tu l’as fait !!!! Yes! Et à Disney ce sera sûrement encore mieux. Bisous
    Annie

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